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Estaimpuis- Evregnies : Les 7 villages ont souffert pendant 14-18

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Les recherches personnelles de Philippe Michiels n’ont été publiées par une maison d’édition. Elles figurent dans un document qui ressemble davantage à une thèse de fin d’études qu’à un livre classique. Tous les faits qui y figurent ont fait l’objet de vérifications sérieuses, sur foi d’anciens témoignages et d’un référencement bibliographique bien achalandé. Philippe Michiels a été professeur de français au Tremplin à Mouscron, mais il a aussi une solide formation historique.
Même s’il n’en est pas originaire, le sexagénaire s’intéresse à l’histoire de notre région depuis les années 80. Son épouse est estaimpuisienne, ce qui lui a permis de remonter dans la généalogie familiale. Il a déjà écrit deux ouvrages intitulés « la vie quotidienne en Belgique occupée 1914-18 » (1970) et « Evregnies au temps passé » (2010). « Tout ce qu’on peut trouver doit être partagé », sourit-il. Philippe Michiels a mis une année pour terminer son nouvel ouvrage.

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Modeste, il dit s’être reposé sur le travail d’autres historiens locaux comme René Bilhaud ( » Souvenirs du Vieux Néchin, 1964) ou encore Patrick Gillard ( « Histoire d’Evregnies », volumes 1 et 2, 1980-1981). Les délibérations du conseil communal d’Evregnies constituent aussi une source précieuse d’information. De son travail d’investigation, l’historien retient surtout toute la souffrance endurée par les populations qui composaient les sept villages d’Estaimpuis (l’entité telle qu’elle est aujourd’hui n’existait pas encore administrativement). «Notre région était une « Etappengebiet », c’est-à-dire une zone militaire où l’armée allemande avait tous les pouvoirs pour pouvoir ravitailler et rééquiper le front », explique-til. « Ce ne fut pas à proprement dit une zone de combats, même si on pouvait entendre les canons tonner depuis Comines-Warneton ». L’occupant a tout confisqué. « Du pillage systématique, comme à la tannerie Poullet où les Allemands ont même vidé quatre bouteilles de champagne et 60 bouteilles de vin », précise Philippe Michiels. « Ils ont tout pris. Même les orties qui servaient à faire des vêtements pour les soldats et à isoler les sous-marins. Chaque habitant était chargé de fournir 4 à 5 kg. Et un homme fut payé pour confectionner des balles de 100 kg d’orties ». Les villageois étaient obligés à «déclarer tout ce qu’ils avaient aux gendarmes allemands qu’on appelait les ‘Diables verts’ », ce qui a valu des anecdotes

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savoureuses. L’historien raconte ainsi qu’une famille de fermiers était parvenue à faire passer un porcelet pour une énorme truie : « l’animal se trouvait dans un enclos obscur et le gendarme, rebaptisé « Hinri Badjète » (Henri « Baguette »), se servait d’une baguette pour faire couiner l’animal et s’assurer qu’il était bien là, excepté que la truie avait été tuée, enterrée et remplacée ». Mais il y eut d’autres histoires bien plus dramatiques que raconte Philippe Michiels dans son ouvrage, qui pourrait s’avérer très utile aux instituteurs et professeurs de la région. La guerre 14-18 ne se limite pas qu’à la bataille de l’Yser et au Roi Albert.

LES VICTIMES

Moulin.JPGS’il n’y a pas eu de grandes batailles sur le sol d’Estaimpuis entre 1914 et 1918, il y a quand même des échauffourées avec des victimes. « Quand les Allemands sont arrivés, il y a eu des combats, notamment à la tannerie Masure, près de la gare de Néchin, où un cheval fut tué », raconte Philippe Michiels. « Mais surtout beaucoup de villageois sont morts pour le travail forcé lorsqu’ils furent déportés à la forêt de Mormal en France, où le bois découpé servait à faire des tranchées et même à fabriquer de la poudre ». Ce que l’on sait beaucoup moins est que le ciel d’Estaimpuis a fait l’objet de plusieurs combats européens : « il y avait un champ d’aviation à Ramegnies-Chin, ce qui est connu, mais aussi un autre près du château de Bourgogne. L’armée allemande avait même envisagé un troisième à Saint-Léger, voire un quatrième à Néchin ». C’est surtout à la fin de la guerre que les villages d’Estaimpuis ont souffert. Ainsi le 18 octobre 1918, devant l’avancée britannique, les Allemands se sont repliés au Mont- Saint Aubert, d’où leur artillerie pilonnera les villages de Bailleul et d’Estaimbourg. Bilan : deux habitants tués et une quinzaine de soldats britanniques. L’occupant a détruit de nombreuses maisons. Le clocher de l’église de Néchin a été miné pour qu’il ne serve pas d’observatoire aux alliés. Il a également mis le feu aux moulins de la région. « Soit le fermier payait une rançon, et son moulin n’était qu’abattu, ce qui permettait de le reconstruire après. Soit il ne pouvait pas le payer, et son moulin était incendié »

Ou se procurer l'ouvrage de Philippe Michiels ?

ouvrage.JPGL’ouvrage de Philippe Michiels est disponible au prix de 9 euros en téléphonant au 056/48.71.48. Le document en format A4 fait 124 pages. Il y a un découpage chronologique et village par village.

Pour la table des matières de l'ouvrage cliquez ici

Article sudpresse "Nord Eclair " du 18/02/2014

Daniel . Foucart

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