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  • Les jeunes se sentent fliqués par l’Onem

    jeune.jpgDepuis début février, les jeunes inscrits comme demandeurs d’emploi en juin dernier commencent à subir les premiers contrôles de «recherche active» d’un emploi. Ils ressentent une certaine brutalité de la part de l'ONEM

    Manon, jeune institutrice carolo, s’est frottée à la bureaucratie de l’Onem. Convoquée pour«évaluer [ses] efforts pour chercher du travail», elle a eu bien du mal à faire comprendre aux interlocuteurs à qui elle avait affaire qu’elle ne pourrait pas se rendre dans les bureaux de l’office: elle était au travail! Car dans son zèle, l’Onem, qui a commencé à contrôler tous les jeunes inscrits comme demandeurs d’emploi depuis juin 2013, préfère envoyer un rappel de convocation plutôt que de compléter le dossier de Manon. Laquelle a pourtant envoyé en temps et en heure copie de son contrat et dates du remplacement qu’elle effectue dans une école de Charleroi. Un remplacement «à durée indéfinie».

    La mère de Manon a fini par débrouiller la situation, à force de coups de téléphone, mais que de stress pour faire comprendre à l’Onem la nouvelle situation professionnelle de Manon. D’autant que les lettres types comportent ce sympatique paragraphe: «Vous pouvez, lors de cet entretien, vous faire accompagner d’une personne de votre choix ou vous faire assister d’un avocat ou d’un délégué syndical».

    Chasse aux sorcières

    On imagine assez le désarroi de ces jeunes sortis de l’école, qui cherchent du boulot et doivent se justifier d’une façon qu’ils ressentent comme violente. C’est le cas d’Aurélie, de Waremme, diplômée en journalisme et communication. Sous le titre «contrôlée positive», elle raconte sur un blog cette première expérience avec l’Onem. Avec une drôle d’impression. «L’Onem fait passer cette chasse aux sorcières pour de l’accompagnement personnalisé», écrit-elle ainsi. Et elle s’étonne que la conseillère de l’Onem qui a examiné son dossier se borne à lui dire qu’elle doit aller voir plus souvent la conseillère du Forem alors que celle-ci lui a dit: «Je ne peux pas vous apporter grand-chose. On se reverra dans trois mois, avant, c’est inutile.» Et elle sent une pointe d’amertume quand elle entend des commentaires du style:«Qu’on arrête de faire croire aux jeunes qu’ils peuvent avoir des allocs sans rien faire.»

    Aurélie vient juste de décrocher un emploi à temps plein pour... trois mois. Elle commence en mars.

    Interrogatoire

    Souhaitons la même chose à Amélie, de Ladeuze, qui raconte elle aussi son expérience à l’Onem. Avec des mots plus durs: «Je me présente donc à l’ONEM avec la vaste impression de me retrouver dans un commissariat. Dans les deux cas, l’accueil y est glacial, les couloirs sont ternes, des gens attendent dans tous les sens, et du personnel passe dans les couloirs sans même vous regarder. Alors n’imaginez même pas avoir un "bonjour". Viens enfin mon tour, je pénètre alors dans une salle aux allures de poste d’interrogatoire où je faisais figure d’accusée principale. Et on ne peut pas vraiment dire que les questions y était intéressantes.»

    « J’ai vraiment ressenti une ambiance de flicage », nous dit-elle. « Je me sens un peu perdue dans un monde où on ne nous comprend pas. Je ne pense pas qu’on nous considère comme des fraudeurs en puissance, mais on a affaire à une grosse machine administrative qui écrase tout

    Pour ces jeunes, bien obligés de rester à la maison des parents, la situation de l’emploi est déjà difficile. La dureté de ces premiers contrôles n’arrange pas vraiment les choses.

    Benoît Jacquemart