happée par train

  • Accident mortel en Gare d'Herseaux : Alain Verlinden correspondant Nord-Eclair présent sur place et témoin de l'accident décrit son émotion

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    « Gare d’Herseaux, vendredi 17h15, un rayon de soleil illumine le quartier frontalier, joyeux prélude à la ducasse d’automne qui s’y prépare. Une cinquantaine de navetteurs et étudiants descendent du train en provenance de Mons et Tournai.

    Heureux de terminer leur semaine, ils participent à l’ambiance générale. Je me trouve là par hasard, pour récupérer ma fille qui fait partie des passagers. Je lui fais signe, elle a déjà atteint le passage à niveau et attend qu’il se lève pour me rejoindre. Trouvant le temps long, j’observe le train qui se remet enfin en marche vers Mouscron, dégageant la vue du quai n°2 sur lequel s’avancent les derniers passagers.

    En une seconde, se joue le drame qui me repasse en tête sans arrêt depuis 24 heures : à peine la voie dégagée, une jeune fille saute sur le ballast et se précipite sur les voies alors qu’arrive à vive allure un train en sens inverse mais masqué par celui qu’elle vient de quitter. J’hurle pour l’avertir mais en vain : le train la percute de plein fouet. Le bruit de l’impact me glace les os. Ma première réaction, exacerbée par mon métier d’enseignant et le triste spectacle que nous offrent ces dizaines d’ados qui ont pris l’habitude de traverser les voies face à la gare, est la colère : « Faut-il en arriver là pour qu’ils comprennent ? » Aussitôt pourtant, c’est la fibre paternelle qui reprend le dessus. Je me précipite vers l’endroit du terrible impact et découvre un corps inerte, recroquevillé mais qui respire. J’apprendrai plus tard qu’elle s’appelle Camille. Agée de 16 ans, elle revenait de l’institut Saint-Luc où elle était scolarisée. Tandis que je lui tiens la main et lui parle pour tenter de maintenir une conscience qu’elle n’a sans doute déjà plus, j’entends sa maman crier en découvrant le drame. Ann Cloet, première échevine à Mouscron, présente pour la même raison que moi, la tient à l’écart et la réconforte en attendant les secours qui arriveront très rapidement. Je leur laisse accomplir leur mission et quitte les lieux avant d’accomplir la mienne : celle de crier haut et fort ma désapprobation en stigmatisant cette insouciance de la jeunesse qui lui fait braver l’interdit et prendre des risques inconsidérés.

    Évidemment qu’il existe une part de fatalité dans tout accident : pourquoi ce train à vide n’a-t-il pas surgi quinze secondes plus tôt ou plus tard ? Avec toute la compassion que j’éprouve pour les parents de Camille, on ne m’enlèvera pourtant pas de la tête que c’est elle, au départ, qui porte la responsabilité de son acte. Si ce geste irréfléchi, déjà accompli précédemment, par elle et des dizaines d’autres, pouvait ne fût-ce que conscientiser un seul ado, elle ne sera pas morte pour rien ».

    Article de Alain Verlinden pour Nord Eclair Mouscron (edition du 12/10/2014)